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Maj le 05/08/2017

Collège de Villenave d’Ornon Classe de 6è3

On a longtemps pensé que Gilgamesh était effectivement un personnage historique, car son nom figurait sur une liste de rois ayant exercé le pouvoir sur la ville d'Ourouk au XXVIIè siècle avant notre ère (aux alentours de - 2650), ce qui le place à environ 4700 ans de nous. Mais j'ai appris, il y a deux ans, que cette vérité avait été remise en question par des découvertes archéologiques récentes.

L'archéologie, très régulièrement, grâce aux connaissances accumulées, et aux moyens de recherches de plus en plus performants, fait évoluer ce que nous pensions savoir du passé, et nous oblige à modifier nos certitudes, à revoir nos classifications chronologiques. C'est ainsi. Il n'y a pas de vérité définitive. Peut-être qu'un jour, par exemple, on découvrira les preuves tangibles qu'un déluge a vraiment existé, provoqué par telle ou telle cause, et rayé de la surface de la Terre, une humanité qui a précédé la nôtre. Peut-être même que ces preuves sont déjà découvertes et qu'elles n'ont pas été divulguées, parce qu'elles remettraient trop de connaissances en question. C'est une hypothèse défendue par certains chercheurs.

C'est pourquoi, savoir si Gilgamesh est une fiction absolue, ou un personnage inspiré d'une personne vivante, ne change strictement rien à ma vision de son épopée, et, n'étant ni archéologue ni assyriologue, je n'ai pas cherché à m'informer davantage sur cette découverte.

1) Pensez-vous que Gilgamesh a réellement existé ?

Voici votre tour, à présent, chers 6°5:

2) Quelle question lui poseriez-vous si vous vous retrouviez face à lui ?

Devant un personnage aussi considérable que Gilgamesh, je ne dirais rien. Pas un mot, pas une question. On ne harcèle pas de notre curiosité un être comme lui. On se tait. Je m'assoirais donc devant lui, avec un très profond respect, et je me tiendrais dans un silence absolu de méditation, chassant le bruit de mes pensées, comme si je prenais place à bord d'un grand vaisseau, qui allait m'emmener en croisière sur l'océan du temps, visiter le passé et le futur de l'humanité.

4) La mort d'Enkidou vous a-t-elle ému ?

Oui, beaucoup ému, et j'ai pleuré du même chagrin que Gilgamesh, en racontant ce grand départ.

Avant d'écrire le PREMIER ROI DU MONDE, j'ai écrit une autre version, pour adultes, de l'épopée (le livre s’intitule LE ROMAN DE GILGAMESH, et est publié par les éditions Albin Michel). J'ai recommencé cinq fois l'écriture de cette mort. C'est ma femme, à qui je la lisais, qui m'obligeait à la reprendre par ses remarques. Elle trouvait toujours qu'on ne voyait pas assez la souffrance physique, la déchéance, la douleur. Alors, je lui obéissais, en râlant, mais je recommençais. À la quatrième reprise, j'étais tellement en colère après elle (en réalité, après moi de ne pas y arriver) que j'ai chiffonné mon brouillon et l'ai jeté au feu... Mais j'ai loupé la cheminée !

Aujourd'hui, je suis ravi d'avoir suivi les conseils de ma femme.

 

Enkidou est un très magnifique personnage, très candide, très frais. Il est le prototype de l'homme primitif qui s'est élevé jusqu'à la civilisation. Le personnage d'Enkidou symbolise à lui seul toute l’évolution de l’humanité passée du stade d'homo erectus à l'état d'homo sapiens. (Cherchez la différence entre ces deux stades de développement.)


Au début de son évolution, Enkidou est intimidé par Gilgamesh, et se laisse guider par lui, souffrant de l'immense nostalgie de sa vie ancienne. Mais lorsque les deux compères voyagent vers la Forêt des Cèdres, et qu'Enkidou se retrouve dans l'élément de sa jeunesse, c'est lui qui va diriger Gilgamesh, en lui apprenant comment y vivre.

5) Quel message voudriez-vous que l'on retienne de cette œuvre ?

Ah ! un message doit être bref et simple. Mais pour y parvenir, il faut souvent faire un détour par du long et du complexe.


Cette épopée est animée par de puissantes énergies : le POUVOIR, la PEUR, la VIOLENCE, la HAINE, l’AMOUR.

Avant l’arrivée d’Enkidou, on découvre le POUVOIR en la personne de Gilgamesh.

Le pouvoir fascine et attire les hommes. Le posséder entraîne la PEUR de le perdre, qui va de pair avec la méfiance et la HAINE. Le pouvoir cherche à se protéger, notamment par l’autorité, qui va parfois jusqu’à la dictature. C’est le cas de notre héros.


Si un rival survient (Enkidou), le pouvoir cherche à l’éliminer. Par la ruse d’abord (épisode de la prêtresse), puis par la force (bagarre), puis en faisant alliance avec lui.


C’est dans cette période d’alliance que se fait jour, peu à peu, une autre énergie qui va bouleverser le jeu : l’AMOUR. Dans l'épopée, il s'agit d'amitié, mais amitié et amour puisent à la même source de vie. C’est cette amitié qui va lentement transformer le tyran cruel et autoritaire, et le conduire sur un chemin d'humanité.

 

Alors, quel est le message principal que je voudrais que l'on retienne de cette œuvre ? C'est que l'AMOUR est un grand moteur de transformation, celui qui permet le plus sûrement à l’homme d'évoluer, de respecter la vie, de prendre conscience qu'il est une parcelle de l'univers.

L'AMOUR est la force de construction par excellence, capable de désarmer la violence, et de faire plier les forces de destruction.

Mais la tâche est rude, n'est-ce pas ? L'actualité nous le démontre chaque jour.

 

Alors, pour résumer, que retenir de cette œuvre ? Des mots brefs et simples : SUPRÉMATIE DE L’AMOUR.

 


Bonne lecture à tous, et bonne poursuite des aventures de Gilgamesh et d’Enkidou, car vous n’êtes pas encore au bout du voyage, d’après ce que m’a dit madame Coudougnan.


J’allais oublier. Je vous embrasse. Oui, oui, tous ! Les filles, les garçons, allez hop ! Je ne fais pas le détail. Et madame Coudougnan aussi, pensez !



Jacques Cassabois

3) Parlez-nous du chapitre 12 de votre roman. Faut-il le considérer comme une pause narrative dans votre roman ?

Oui, vous avez tout à fait raison. Ce chapitre marque vraiment une pause narrative, comme vous le dites très bien. C'est le grand tournant du récit. Celui à partir duquel Gilgamesh va s'élancer dans sa quête effrénée, illusoire, de l'immortalité. Son grand combat contre la mort, en fait contre lui-même, et dont il sortira... vaincu, dit-on la plupart du temps. Moi, je pense au contraire qu’il en sort vainqueur, car sa prétendue défaite est une grande victoire sur lui-même. Il reconnaît qu'il ne peut pas échapper à cette issue. Il peut la regarder sans trembler. Ce n’est pas donné à tout le monde.

Accepter de mourir est toujours une grande bataille pour chaque être humain. Le plus souvent, sa dernière.

 

Donc, avant cette course éperdue à la poursuite d'une illusion, que fait-il ? Il rassemble ses forces. Et que propose le narrateur de l'histoire à son auditeur, à qui il la raconte en randonnant ? De prendre lui aussi des forces. Comment ? En mangeant ! Et que lui fait-il manger ? De la nourriture qui existait déjà en Mésopotamie. Donc, ils mangent le pays.

Et c'est ainsi que l'on retrouve la grande voix sauvage d'Enkidou, sur la route de la Forêt des Cèdres, qui disait à Gilgamesh : "Enkidou mange la steppe !"

Enkidou qui va sans cesse accompagner Gilgamesh dans sa quête.

 

Ainsi, dans cette pause narrative, je mets le lecteur en condition pour affronter ce qui va suivre, comme Gilgamesh s'est mis lui-même en condition. Bien sûr, il n'a pas cassé la croûte avant de partir, mais il s'est rassemblé mentalement, ce que je symbolise par un repas offert à l'auditeur et au lecteur (nourriture du corps = nourriture de l’esprit).

Vous êtes placés sur la même ligne de départ que le héros.

 

Pigé ?

Bravo pour votre question. Elle est très subtile !