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Maj le 30/04/2017

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La rencontre de Chinon, lue par l'auteur :

chinon_jeanne_et_charles.mp3 Prise_des_Tourelles.mp3

Editions Livre de Poche, 2010   Couverture de Stéphanie Hans,




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La chute de la bastille des Tourelles :

L’entrée de Jeanne dans Orléans

Pendant le Salon du livre de poche de Saint-Maur-des-Fossés (juin 2012), Jacques a répondu aux questions d’élèves de 5è du collège Rabelais qui avaient lu JEANNE.

Histoire d'en Lire est un site consacré aux fictions historiques dans la littérature pour la jeunesse

Jacques Cassabois : Bonjour Isabelle  Durand,


Votre question m’embarrasse un peu. Jeanne a tant de qualités qu’il m’est bien difficile d’en retenir une seule. Sa persévérance est évidente, oui. Son courage ne l’est pas moins, teinté de cette inconscience propre aux êtres éclatants qui ne s’écartent jamais de leur ligne de conduite et qui franchissent les limites allègrement, parce qu’ils ne les voient pas. Elle est une force verticale qui avance. Je ne dis pas qu’elle était à l’abri du doute, car elle l’a affronté, et durement, notamment dans son dernier combat, seule contre les soixante juges de son procès, seule contre la haine. Elle avait un sacré aplomb !


Et  c’est peut-être sa plénitude morale qu’elle puisait dans sa foi qui m’impressionne le plus. Car, si elle a toujours dû se battre pour convaincre, toujours dû faire ses preuves, et à plus forte raison parce qu’elle était une femme comme vous le soulignez, conquérir le respect comme elle conquérait une bastille, elle a souvent été seule. Très peu d’amis véritables. Des compagnons plutôt, de combat, de circonstance, opportunistes qui rêvaient de gloire dans son sillage, et pas mal d’adversaires appliqués à la faire tomber. D’ailleurs, lorsqu’elle était captive, les bouillants capitaines ne se sont pas bousculés au portillon pour la délivrer. On évoque La Hire, mais comme une probabilité. En tout cas, leurs tentatives, à considérer qu’elles ont existé, n’ont, à ma connaissance, pas laissé de traces intangibles dans l’Histoire.

Quant aux politiques, je n’en parle même pas. Qu’elle soit sur la touche les arrangeait.

Entre sa capture et son exécution, un an s’est écoulé. Un an de solitude absolue, dans l’hostilité et l’ignominie. Pour affronter une telle solitude, il a vraiment fallu que Jeanne possède un sens du devoir et une vertu hors du commun.


Vous évoquez son procès. Il a été un parfait exemple de procès politique, instruit exclusivement à charge. Son issue ne faisait aucun doute dès le début de son organisation. Le 26 mai 1430, trois jours donc après sa capture, quand l’Inquisition la réclame par courrier à Philippe de Bourgogne, c’est avec l’intention de lui régler son compte. Quant aux Anglais, ils avaient annoncé de longue date qu’ils brûleraient la vachère, si elle tombait entre leurs mains.

Elle  a dû comparaître seule, sans aucun conseil, car elle était « soupçonnée véhémentement de plusieurs crimes sentant l’hérésie ». Cela interdisait à un avocat de l’assister, car il aurait été à son tour suspecté d’hérésie et passible du bûcher.


Tout l’art de Pierre Cauchon, le collabo, qui espérait être récompensé de sa servilité en obtenant l’archevêché de Rouen (mauvaise pioche, les Anglais, comme à plaisir, lui ont donné l’évêché de Lisieux, ces perfides, bien moins richement doté), a consisté à faire en sorte que les débats truqués ne soient pas contestables du point de vue du droit, en s’entourant d’une cohorte de prélats à sa botte et en menaçant de mort ceux qui manifestaient des velléités d’indépendance.


Jeanne a résisté à cette infamie pendant cinq mois ! Elle n’a pas faibli quand on l’a menacée de la torture, elle n’a craqué à la toute fin, avant de se ressaisir, que parce que Cauchon, pour venir à bout de sa résistance qu’il recevait comme un affront, lui a tendu un piège immonde.

Sa capacité à demeurer fidèle à son engagement, dans cet enfer, me laisse vraiment sans voix. Elle en est sortie par le haut, par le sublime.

Jeanne Extrait de « Jeanne » Interview au Salon du livre de poche de Saint-Maur Interview d'Isabelle Durand, du site Histoire d'en Lire

JC : Non, on ne peut pas la nier. Elle était vraiment populaire et sa popularité était à l’image du fol espoir qu’elle avait levé dans le peuple, lequel était relayé par une attente qui venait du fond des âges. Une prophétie qui annonçait qu’une vierge des marches de Lorraine sauverait le royaume de France. Et cette prophétie, annoncée par... Merlin en personne, était  prise très au sérieux.

Dès que Jeanne paraît, on l’identifie aussitôt comme étant la jeune fille (puella, la pucelle, par opposition à la femme mariée) espérée. Et Jeanne, qui s’affirme envoyée par Dieu, prend cette croyance à son compte pour fabriquer son nom de guerre : Jeanne la Pucelle. Pas n’importe quelle pucelle, mais la Pucelle attendue. C’est elle qui opère son changement d’identité. Le fait-elle par calcul ? Certainement pas. N’oublions pas que Jeanne est une fille de la campagne. Les rites chrétiens et païens y ont cohabité longtemps. Dans le Jura des années 50, lorsque j’étais enfant, les paysans, pendant la fête des Rogations, apportaient encore des semences à l’église pour que le prêtre les bénisse et protège leurs récoltes. Des réminiscences de vieux rites de fécondité, que toutes les sociétés polythéistes ont pratiqué. Alors, imaginez au XVè siècle ! Les rites païens étaient d’ailleurs tellement vigoureux que le clergé les utilisait pour leur substituer des rites raisonnés par la foi chrétienne : un ermitage à proximité d’une source des fées, un calvaire à l’emplacement d’un ancien bois sacré...


Quant à sa virginité, oui, Jeanne était vierge. Une certitude plus facile à établir que la divinité de sa mission. Cela a été fait à plusieurs reprises, y compris dans sa cellule à la prison de Rouen ; un examen mené par la duchesse de Bedford, Anne, (sœur de Philippe le Bon) pendant que son duc de mari, caché dans une pièce contiguë, matait la fouille à corps par une anfractuosité de la muraille !


Mais c’est bien parce que l’espoir qu’elle apportait n’est pas resté confiné dans l’attente que la popularité de Jeanne a explosé. Elle a été aussitôt confirmée et amplifiée par ses exploits. Pas d’erreur. Cette Pucelle était bien celle qui devait mettre fin à la guerre.

Pensez à l’enthousiasme qui fait gronder les meetings de nos politiques, hommes et femmes confondus, lorsque leurs discours caressent les citoyens dans le sens du poil.

Jeanne, contrairement à eux, tenait ses promesses. Une différence de taille !

Il est vrai qu’elle ne promettait pas pour se faire élire, puisqu’elle était déjà élue et son mandat prenait date avec l’éternité. Élue de Dieu ! Un mode d’élection moins sujet aux revirements tactiques que le suffrage universel, vous en conviendrez !

N’empêche ! Elle annonce qu’elle va délivrer Orléans assiégée, prête à tomber, et elle délivre Orléans. Elle annonce qu’elle va nettoyer la Loire occupée et elle fait le ménage en un temps record. Qu’elle va sacrer le roi à Reims et elle le conduit à demeure, en dépit des obstacles qui ne cessent de se dresser sur sa route ! Elle échoue devant Paris, m’objecterez-vous ? Évidemment, puisque ses adversaires qui conseillaient le roi ont tout fait pour saboter sa victoire !


Comment voulez-vous, avec un tel coefficient de réussite, que cette fille ne se fabrique pas des ennemis déterminés à lui faire la peau ?

Alors les gens l’adulaient, lui présentaient des enfants, des objets à bénir et elle protestait, renvoyait vers le Maître, dont elle se revendiquait l’humble servante. Allez empêcher les gens de croire en vous quand vous leur donnez des raisons à la pelle ! Allez les empêcher de vous aimer !

Superstition ? On a bonne mine aujourd’hui de juger des gens désespérés par la misère et la guerre, à six siècles de distance ! Mais c’est vrai, le révisionnisme historique est devenu très fashion pour nos brillants esprits qui ont inventé la poudre.

Cette adulation sera d’ailleurs utilisée contre elle, transformée en preuve qu’elle usait des sortilèges pour attirer les foules. Tout ce qu’elle fait de beau, de juste, et de sincère sera souillé, retourné, falsifié pour la perdre, par des théologiens vicieux, véritables supplétifs des forces d’occupation.

JC : En effet, je parle peu de sa famille, car son rôle n’a pas été déterminant dans la suite des événements, après le départ de Jeanne. Ses parents ne se sont pourtant pas désintéressés d’elle et on possède quelques témoignages à ce sujet.

Vous faites allusion à la désapprobation de son père. Elle est réelle. Il avait fait un rêve où il la voyait, comme une fervêtue, entraînant des hommes d’armes. Rêve prémonitoire qu’il redoutait et lui faisait dire, qu’il préférerait qu’on la noie (on noyait beaucoup au XVè siècle. On cousait dans un sac et hop ! à la baille. Vieilles traces d’ordalie, sans doute) plutôt que de subir une telle in-famie. Je dis infamie au sens propre de contraire à la réputation (fama) qui établissait les rapports sociaux. Ce n’est pas inutile de rappeler ce fait : qu’une femme soit habillée en homme, et pire que cela, porte cuirasse et vive au milieu des guerriers était absolument contraire aux codes qui organisaient les relations entre les hommes et les femmes. Ce n’est pas anodin d’insister sur ce fait, car cette question de règle vestimentaire a justement été le prétexte utilisé plus tard par ses juges pour la condamner à mort.

Néanmoins, il semble que ce soit son père qui ait envoyé ses deux fils Pierre et Jean aux côtés de leur sœur pour veiller sur elle. Ils l’ont rejointe à Tours, mi-avril 1429, et sont vite devenus soldats, appartenant à sa petite maison militaire. Son frère Pierre a d’ailleurs été capturé avec elle à Compiègne.


On sait aussi que sa mère, Isabelle Romée, très pieuse, s’était rendue en pèlerinage au Puy-en-Velay, pour les fêtes du jubilé de Notre-Dame, le 25 mars de cette même année. (Les années jubilaires étaient celles où le Vendredi saint coïncidait avec le jour de la fête de l’Annonciation. Ces années-là étaient considérées comme des années à merveilles — cf Jeanne d’Arc, de Colette Beaune, p. 333 à 352,—merveilles que  Jeanne a fait pleuvoir sur la France d’avril à juillet 1429).

Jeanne avait envoyé  deux de ses fidèles (Jean de Metz et Bertrand de Poulengy) à ce pèlerinage, sinon au Puy-en-Velay, trop éloigné de Tours, du moins au Puy-Notre-Dame, un sanctuaire secondaire, proche de Chinon. C’est  là que sa mère aurait rencontré le frère augustin Jean Pasquerel et lui aurait demandé de devenir le confesseur de sa fille. On imagine la maman rassurée d’avoir travaillé à la protection spirituelle de sa fille.

Comment Jeanne savait-elle que sa mère était dans la région, pour y envoyer deux de ceux qui l’accompagnaient depuis Vaucouleurs ? Avait-elle un message à lui faire parvenir ? Espérait-elle la rencontrer ? On l’ignore. Cela se situait juste avant le départ du convoi de ravitaillement pour Orléans. Le début de l’épopée !


Sur la route de Reims, en juillet, Jeanne retrouvera des parents et des habitants de Domrémy, venus pour assister au sacre (c’était la coutume que les gens affluent du royaume), mais aussi, on s’en doute, pour venir voir la fille du pays dont tout le monde parlait. C’est à l’un d’eux elle qu’elle confiera ses craintes : « Je ne redoute rien, lui a-t-elle dit, si ce n’est la trahison ».

Dans cette période elle se montrait pressée par le temps. Elle ne cessait de répéter : « Je ne durerai guère plus d’un an ! »

Juste après le sacre,  Jeanne sollicite du roi Charles VII des exemptions d’impôts pour sa paroisse natale de Domrémy-Greux. Elles sont accordées le 31 juillet.

On sait aussi que son père était mort lorsque Jeanne a été suppliciée et que sa mère s’est installée à Orléans en 1440 où elle est restée jusqu’à son décès le 28 novembre 1458.

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