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Maj le 30/04/2017

L'été où mon père a grandi

Le thème ?

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Prix de la Société des Gens de Lettres

n jeu de plage, un jour de soleil sur le sable chaud, dans l’air tout piqueté par les cris des mouettes qui cerclent, à l’affut des goûters. Un père et son fils. Le fils n’a pas du tout envie de jouer. Pour lui, ces plaisirs-là sont dépassés, mais son père ne le voit pas. « L’année dernière, tu aimais ! » Oui mais, une année suffit largement à franchir le Rubicon. Le père ne comprend pas et le fils, obéissant, se résigne à jouer. C’est une ruse pour mieux organiser sa résistance. Car il est bien décidé à faire prendre conscience à son père qu’il a grandi, afin de l’entraîner dans le même mouvement ascendant. Ici, c’est le fils qui élève le père.


J’ai eu des nouvelles de ce livre, disparu depuis longtemps, il y a quelque temps, par internet. Marrant ce côté vide grenier planétaire du net. On y trouve toutes sortes de vieilleries. En l’occurrence les échos d’un colloque sérieux, organisé par une ligue des familles, sur l’image du père dans les livres pour la jeunesse, dont la communication avait été faite par un copain, Robert Bigot. L’été où mon père a grandi figurait dans le corpus des bouquins analysés et était dénoncé comme une sorte de pamphlet ridiculisant les pères. Je suis resté interdit par cette lecture au ras des pâquerettes, me demandant si mon critique n’avait pas chaussé des lunettes en foyard, le jour où il a lu mon livre. Ne pas voir qu’ils s’aimaient ce père qui régressait en ronronnant dans une image confortable et dépassée de son môme, et ce fils qui secouait les puces de son daron sur le mode : « Papa, arrête de faire l’idiot. Réveille-toi, je ne suis plus celui que tu crois ! », m’a consterné.


Cet aspect primordial n’avait pas échappé à Michèle Kahn, Dieu merci, quand elle m’avait remis mon prix, à la SGDL. Pas échappé non plus aux enfants que je voyais dans les classes, qui percevaient gros comme une maison, de leurs petites mirettes affûtées, que mon humour n’était que le porte-parole élégant et pudique de l’amour.