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Maj le 30/04/2017

Dire la vie et la  mort avec Gilgamesh


Avec trois classes de 6è particulièrement entraînées du collège de Villenave d'Ornon, où l'on travaille hardiment en pluridisciplinarité, à la préparation d'un spectacle de danse sur LE PREMIER ROI DU MONDE.

Romane

Y a t-il des points communs entre Gilgamesh et vous ?


Évidemment, mais aussi entre Enkidou et moi, Outa-napishti, les Hommes-Scorpions, Sidouri la tavernière, la femme civilisatrice... J'ai des points communs avec tous. Ce qui m'aide à donner vie à ces personnages c'est en moi que je le trouve, dans les expériences que j'ai vécues, qui m'ont marqué, mis en colère, désespéré, ému, fait trembler de peur... Tout cela, c'est le matériel de l'écriture. Une sacrée panoplie ! Pensez-y vous aussi quand vous écrivez. C'est ce qui rendra vos textes personnels. Reparlez-en avec madame Coudougnan.

Marc

Quel chapitre préférez-vous et pourquoi ?

Incontestablement celui où la femme civilise Enkidou. C'est un moment terrible pour lui. Son ancienne vie craque, se défait, il perd irrémédiablement tous les repères qu'il possédait, sa place dans le monde. Cette rupture est comme un séisme qui va le faire renaître en le projetant dans une autre existence qu'il va devoir apprendre, et c'est l'amour d'une femme qui le projette sur cette voie nouvelle en lui donnant principalement trois leçons majeures : apprendre à aimer, manger et boire... comme les hommes.

Puisque la nourriture est le pain pétri à partir de l'orge, que la boisson est la bière brassée à partir de l'orge et que l'orge, encore elle, est la principale céréale de Mésopotamie, il va ainsi "consommer" la civilisation de ce pays, c'est à dire se civiliser. Et comme c'est une prêtresse qui guide ses premiers pas, l'esprit, absent de sa vie sauvage, refaçonne son âme. On pourrait dire que la femme le reformate.


Il y a un autre passage que j'aime beaucoup, c'est celui de sa mort qui le délivre de sa vie civilisée et qui va lui faire retrouver la steppe. Ce moment est aussi crucial pour l'évolution de Gilgamesh.

Chloé

Avez-vous pris des libertés par rapport au texte d'origine ?


Pris des libertés avec le texte n'est pas le terme exact, Chloé. Je me suis plutôt efforcé de le comprendre, de me l'approprier, comme s'il racontait mon histoire, et de transcrire ce que je comprenais.  


Il ne faut pas oublier que cette vieille histoire à été écrite à une époque où l'on ne vivait pas, où l'on ne pensait pas comme aujourd'hui, et où l'on ne structurait pas les récits comme on le fait aujourd'hui. Si vous lisiez le texte original, la plupart d'entre vous trouverait cela barbant et abandonnerait sa lecture avant la fin de la première page.

Ce que vous appelez des libertés, c'est ma part personnelle, mon émotion, mes pensées sur la vie et la mort, ma façon d'aimer les gens, la nature, les éléments. Mais je n'ai absolument pas modifié ni le déroulement du texte, ni les personnages. Tous ces aspects principaux sont gravés dans le temps. Ils sont intouchables et littéralement sacrés. Ce texte est une vieille voix qui parle du fond des âges. Les gens qui vivaient à cette époque ont construit une civilisation, inventé l'écriture, compris le mouvement des planètes. Ne l'oublions pas. N'oublions pas non plus que cette grande civilisation se trouvait dans un pays qui s'appelle aujourd'hui l'Irak, pays dévasté par la haine et le fanatisme.


Et voilà, chérubins bleus, chérubine rose, formidables jeunes lecteurs, ce que je peux modestement vous répondre.


Jacques


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