La couverture d’un livre, c’est sa porte d’entrée. Il en est d’engageantes, d’hospitalières, certaines qui sortent littéralement de leurs gonds pour vous happer, impatientes de partages. D’autres, au contraire, qui vous donnent envie de vous enfuir à toutes jambes. C’est ainsi. Le texte de l’auteur, une fois terminé, passe entre les mains d’un illustrateur. Livré au talent ou à la médiocrité. Exalté ou massacré.
— Tu sais quoi ? me dit-elle un matin au petit déj. Je verrais bien l’illustratrice de TRISTAN ET ISEUT pour la couverture de Jeanne.
Stéphanie Hans !
J’avais beaucoup aimé les portraits qu’elle avait tirés de mes amants. Tristan, impénétrable et torturé. Iseut, abandonnée dans ses bras.
Son projet m’était arrivé lorsque j’écrivais la fin du roman. Tristan mourait du poison d’Iseut aux blanches mains, son épouse, et son amoureuse arrivait, retardée par les tempêtes qui l’avaient tenue éloignée des côtes d’Armorique. J’avais écrit le débarquement d’Iseut la blonde dans le lointain d’un glas et sa course éperdue vers Tristan, les yeux rivés sur l’image de Stéphanie. Le mouvement de la chevelure m’avait donné le tempo de sa course, de son cœur fou d’angoisse, des sarabandes de la mort qui lui ouvraient la route.
— Mais oui, Stéphanie Hans. Tu as raison ! Ce serait vraiment épatant.
Sauf que ce n’est pas l’auteur qui décide. Au nom de quoi ? L’auteur n’est pas l’employeur de l’illustrateur, c’est l’éditeur. Et c’est l’éditeur qui a la maîtrise d’un projet, qui sait comment l’insérer dans ses collections, avec une vue d’ensemble sur ses productions, une connaissance des graphismes contemporains que l’auteur n’a pas forcément. Pas moi en tout cas. Alors...
— Peut-être que Cécile a quelqu’un d’autre en vue. Je vais lui en parler. On verra bien.
J’envoie un mél et la réponse me revient presque aussi vite que l’écho dans la montagne.
— J’y pensais aussi, me répond Cécile. Et d’ailleurs ton mot est tombé sur mon écran au moment où j’en parlais justement avec Sophie. Elle aussi, adore le travail de Stéphanie.
Une nouvelle pareille vous retourne aussitôt la journée comme une crêpe. Pile poil dans la poêle !
Puis, Françoise et moi sommes partis en Bretagne et les jours ont passé. C’est pendant les semaines là-bas que la couverture s’est jouée, dans l’air transparent, brassé par la rumeur de l’océan.
27 avril.
Premier message de Sophie. Je le découvre à la cyber boutique où j’ai mes habitudes.
| «Voici l’esquisse de Stéphanie Hans pour la couverture. J’espère qu’elle vous plaira car elle fait l’unanimité ici.
À très vite. Sophie. » |
Je me précipite sur la pièce jointe et aussitôt je bloque.

